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01 avril 2012

LES AVENTURE D'UNE GRENOUILLE



Ces récits (romancés) sont tirés de faits réels. Un groupe de Sauveteurs Plongeurs affectés à l’E.L.A.S. 01/044 (Escadrille de Liaisons Aérienne et de Sauvetage) à la base Aérienne de Solenzara en Corse,
pratiquent la plongée sous toutes ses formes et dans toutes les situations.
 Ces sauveteurs avant d’être plongeurs, sont au service des autres n’hésitant pas à mettre leur vie en péril pour la sauvegarde de celle des naufragés. Mais n’oublions pas dans ces récits, la participation des Pilotes et Mécaniciens, car sans eux la mission des Sauveteurs Plongeurs ne saurait être.
  Avec les « Aventures » de Job, Petit Louis, Nanard et les autres c’est à tous les hommes qui risquent leur vie au service des autres à qui je veux rendre un hommage.

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 Le mois de mars arrive avec son lot de pluie torrentielle. Nous intervenons souvent pour sortir des personnes piégées par l’eau. Un après midi, l’alerte retenti. La radio de bord nous annonce une personne bloquée sur un pont, route de Vizzavone. Il y a beaucoup de chasseurs dans cette région. C’en est sûrement encore un qui s’est fait piéger.
 Au bout de dix minutes de vol, nous apercevons le pont au détour d’un virage du torrent. L’eau dévale la pente, elle est boueuse, le courant extrêmement rapide. Ce n’est pas le moment de tomber à l’eau. Le chasseur s’est réfugié sur le parapet, il a presque les pieds dans l’eau tellement l’eau est montée. L’hélicoptère se met en stationnaire au dessus du pont ne pouvant se poser. L’homme tient son fusil à la main. Il est debout sur le parapet, l’eau passe par dessus par moment. Il était temps que l’on intervienne, le courant s’intensifiant de minutes en minutes, et la pluie s’est remise à tomber.
 Je suis en place à la porte du cargo. Le mécano me fait descendre. Après quelques hésitations dues au vent qui souffle dans la vallée, je prends pied près de l’homme. Il est âgé d’une soixantaine d’années, le visage buriné par le soleil et le vent. Je lui fais signe de passer la brassière que j’ai ôtée. Refusant catégoriquement de la passer, il braque son fusil vers moi. Une montée d’adrénaline m’envahit. Je me force à rester calme. Je sens une traction sur le câble. Le mécano veut que je remonte mais je lâche la brassière, et fait signe au pilote de dégager. L’hélico s’éloigne et se met hors de portée. L’homme se calme et baisse le canon de son fusil mais le tient toujours dans ma direction.
  — Monsieur ! Nous sommes là pour vous aider. Vous risquez d’être emporté par l’eau, elle monte encore. Voyez ! Elle nous arrive déjà aux chevilles.
— Je ne veux pas monter dans votre appareil. Je préfère rester là, l’eau descendra bien. J’ai encore de la marge.
— Pas sûr, elle monte rapidement. N’ayez pas peur tout se passera bien. Je reste avec vous, et nous allons remonter ensemble. Le câble est solide vous savez, et les pilotes sont des as.
— Vous êtes sûr que l’on ne craint rien ?
— Assurément. Je ne vous quitte pas mais baissez votre fusil, mes équipiers pourraient mal interpréter votre geste.
— Il n’est pas chargé, me dit-il.
— Vous m’avez quand même foutu la trouille. Bien, je peux faire signe à l’hélico ?
— D’accord, me dit-il en mettant son fusil en bandoulière, toujours pas rassuré. 
 Je fais signe à l’hélico qu’il peut approcher pour nous récupérer. Il se positionne en stationnaire. Je demande, par signes, au mécano de faire descendre les deux brassières. Je réussis à les attraper du premier coup. J’en passe une à l’homme, et je lui indique la manière de tenir ses bras le long du corps. J’enfile la seconde prenant le vieil homme dans mes bras afin de le rassurer. Il était temps, car l’eau continue à monter. Elle m’arrive au dessus de la cheville. L’hélico prend un peu d’altitude, et nous commençons notre remontée. J’observe le vieux monsieur, ses yeux sont fermés, il tremble légèrement et sa respiration est saccadée. Arrivé devant la porte du cargo, je le place en position dos à la porte. Il a toujours les yeux fermés la tête baissée, le menton sur sa poitrine. Le mécano le fait rentrer dans l’appareil, mais le canon du fusil le gêne et il met un peu de temps à le positionner correctement. Job l’aide et je joue les acrobates afin de lui faciliter la tâche. Pendant tout le trajet retour, notre chasseur est resté assis les mains serrées sur le siège, les yeux fermés.    Nous, nous sommes posés sur la nationale où nous attendent les gendarmes. Le vieil homme descend rapidement lorsque je lui dis qu’il peut sortir de l’appareil, et s’éloigne de l’hélico autant qu’il le peut. Je crois qu’il n’a jamais eu aussi peur de sa vie.
Avant que l’on décolle, je vais le voir pour le saluer. Je lui tends la main, mais il m’attrape par les épaules, et m’embrasse sur les deux joues en me remerciant vivement. Lorsque je remonte dans l’hélico Job et le mécano sont pliés de rire.
L’anecdote a fait le tour de l’escadrille. Le commandant me félicita pour ma conduite.   
« La prochaine fois, s’il y en a une, me dit-il portez un gilet pare balles ».

(Extrait des Aventures d'une Grenouille)

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